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Personnalité et relations amoureuses : faut-il se ressembler pour former un couple heureux ?


Lorsqu’il est question de compatibilité amoureuse, on entend souvent deux idées opposées : « Les contraires s’attirent » et « Qui se ressemble s’assemble ».


En psychologie scientifique, la réalité est plus nuancée. Les recherches montrent que les couples présentent bien un certain degré de similarité, mais que celui-ci est souvent modeste, voire très faible, surtout pour les grands traits de personnalité (Watson et al., 2004; Visser et Bedard, 2025).


De fait, quand on cherche à expliquer la satisfaction amoureuse, ce n’est pas tant « se ressembler » qui compte le plus, mais plutôt quels traits chacun des partenaires apporte dans la relation, et comment ces traits s’expriment au quotidien (Dyrenforth et al., 2010; Malouff et al., 2010).


Dans ce billet, on fera le point sur ce que la science dit vraiment : quels traits sont associés à des relations plus satisfaisantes, quelle est l’importance réelle de la similarité de personnalité dans le couple, et comment traduire ces résultats en actions concrètes dans la recherche d’un partenaire.


1.     Les partenaires amoureux se ressemblent-ils vraiment sur le plan de la personnalité ?


Oui, mais… Les études sur l’assortative mating (tendance à choisir un partenaire qui nous ressemble) concluent généralement que la similarité est plus marquée dans certains domaines (p. ex. valeurs, attitudes, modes de vie), et souvent plus faible pour les traits de personnalité au sens strict (Watson et al., 2004; Visser et Bedard, 2025). Une étude classique sur de jeunes mariés conclut d’ailleurs à peu de similarité sur le plan de la personnalité, que celle-ci soit auto-rapportée ou évaluée par le conjoint (Watson et al., 2004).


Plus récemment, des synthèses et revues sur le rôle de la personnalité dans les relations intimes ont confirmé que celle-ci est prise en compte dans la recherche d’un partenaire assorti, mais que la similarité n’est pas toujours très grande en ce qui concerne les cinq dimensions de la personnalité (Big Five), et qu’elle peut varier selon les traits et les contextes (Visser et Bedard, 2025).


La science nous met ainsi en garde : même si deux personnes ont des profils similaires, cela ne garantit pas une relation plus heureuse. Certaines recherches montrent que la similarité peut parfois aider dans certains contextes, mais que l’effet n’est pas systématique et dépend de la nature des traits similaires et de la façon dont ils s’expriment dans la dynamique du couple (Brandstätter et al., 2018; Dyrenforth et al., 2010).


2.     Ce qui prédit le mieux la satisfaction : « mon trait » ou « notre ressemblance » ?


La littérature moderne sur la satisfaction dans le couple utilise souvent une approche dyadique (où le couple est perçu comme un système soumis à l’interinfluence de ses composants).

Elle s’intéresse ainsi à l’effet de chacun des partenaires sur le bonheur de l’un d’eux, soit :

• l’effet acteur : mes traits prédisent ma satisfaction (et parfois la dynamique);

• et l’effet partenaire : les traits de mon partenaire prédisent ma satisfaction.


Certains chercheurs ont toutefois aussi voulu tester si le fait de se ressembler expliquait quelque chose en plus. C’est ce qu’ils ont nommé « l’effet similarité ».


Les résultats de leurs études montrent ceci : l’effet similarité est souvent faible. Une étude très citée (en raison de ses données représentatives de plusieurs pays) conclut que la similarité de personnalité explique une part minime de la satisfaction une fois pris en compte les effets acteur et partenaire (Dyrenforth et al., 2010).


En d’autres mots, ce n’est pas d’« être pareils » qui rend heureux; c’est davantage le fait que chacun (et surtout le couple comme système) dispose de traits qui facilitent la coopération, la régulation émotionnelle et la résolution de problèmes (Dyrenforth et al., 2010; Malouff et al., 2010).


3.     Les traits les plus associés à des relations satisfaisantes


Les méta-analyses et revues s’entendent sur un point : certains traits sont plus fréquemment liés au bien-être relationnel (Malouff et al., 2010; Visser et Bedard, 2025).


a) Le neuroticisme (instabilité émotionnelle) : le facteur de risque le plus constant


Selon une méta-analyse sur la satisfaction du couple, un neuroticisme plus faible est systématiquement associé à plus de satisfaction (Malouff et al., 2010).Pourquoi? Parce que le neuroticisme est généralement lié à :• plus de réactivité au stress,• plus d’interprétations menaçantes,• plus de rumination et de conflits qui durent.


Des études longitudinales (c.-à-d. suivant des couples dans le temps) montrent aussi des liens entre ce trait et l’évolution de la satisfaction, notamment à travers des changements corrélés au fil du temps (O’Meara et South, 2019).


b) L’agréabilité : le lubrifiant social du couple


L’agréabilité, qui se manifeste dans la tendance à coopérer, l’empathie, la bienveillance et le respect, est généralement associée à une meilleure satisfaction relationnelle (Malouff et al., 2010; Visser et Bedard, 2025).Concrètement, cela se traduit par :


• moins d’escalades de conflits,

• plus de comportements de réparation,

• plus de validation émotionnelle.


c) La conscienciosité : un facteur de fiabilité et de constance dans la gestion du quotidien


La conscienciosité est également liée à la satisfaction, plusieurs travaux montrant qu’elle est pertinente pour la stabilité et le fonctionnement quotidien du couple (Malouff et al., 2010; Visser et Bedard, 2025).


d) L’extraversion : un effet plutôt positif (mais plus variable)

L’extraversion, synonyme d’énergie, d’affect positif et de sociabilité, tend à être corrélée positivement avec la satisfaction, mais l’effet est souvent plus modeste et dépend du contexte (Malouff et al., 2010; Visser et Bedard, 2025).


e) L’ouverture : un apport plus ambigu

Certaines synthèses rapportent un lien plus variable en ce qui concerne l’ouverture, ce qui rappelle qu’un trait n’est jamais bon ou mauvais en soi : tout dépend de comment il s’exprime dans le couple et de la compatibilité des projets de vie des partenaires (Visser et Bedard, 2025).


4.     Concordance : dans quels cas se ressembler peut-il aider… ou nuire ?


La similarité n’est pas totalement inutile; elle a cependant souvent moins d’effet qu’on l’imagine (Dyrenforth et al., 2010).


Cas dans lesquels la similarité peut aider


• Lorsqu’il est question de valeurs, d’objectifs ou de style de vie, la compatibilité sur ces points semble souvent plus cruciale que la similarité des traits purs de personnalité (Watson et al., 2004; Visser et Bedard, 2025). Une étude portant sur de jeunes mariés montre d’ailleurs une plus grande similarité de ces dimensions que de la personnalité globale (Watson et al., 2004).

• Pour ce qui est de certains profils vulnérables, des travaux indiquent que la similarité de personnalité pourrait compter davantage dans certains contextes, notamment quand un trouble de l’attachement rend la relation plus sensible à l’incertitude et à l’imprévisibilité (Hudson et Fraley, 2014).


Cas dans lesquels la similarité peut nuire (ou ne pas aider)


En pratique, la similarité peut devenir problématique si deux personnes présentent le même point de vulnérabilité (p. ex. deux personnes très réactives émotionnellement, ou deux personnes très peu structurées). Globalement, la recherche indique que ce type d’effet dépend surtout de la combinaison « traits + comportements + contexte », plutôt que de la similarité en soi (Brandstätter et al., 2018; Visser et Bedard, 2025).


5.     Ce que ces résultats changent concrètement


Pour ne pas tomber dans le piège de la recherche d’une compatibilité « magique », les partenaires amoureux gagneraient à suivre ces recommandations :


1. Remplacer la question « Sommes-nous compatibles ? » par « Quels risques et quelles forces apportons-nous à notre couple ? »


La science suggère que la satisfaction dépend beaucoup de ces trois facteurs :


• la capacité à réguler stress et conflits (souvent reliée au neuroticisme),

• la coopération et la considération (agréabilité),

• la fiabilité et la gestion du quotidien (conscienciosité) (Malouff et al., 2010; Visser et Bedard, 2025).


L’enjeu est moins d’avoir le même profil que d’avoir un profil qui facilite des comportements protecteurs (Dyrenforth et al., 2010). 


2.     Miser sur des compétences relationnelles qui amortissent les traits


Un trait n’est pas une fatalité. Par exemple :


• une personne plus anxieuse peut développer des routines de communication;

• une personne moins consciencieuse peut se servir d’outils (règles simples, partage explicite des tâches, etc.).


Ces stratégies sont cohérentes avec l’idée que les traits influencent la satisfaction surtout à travers leurs effets sur les interactions et l’ajustement quotidien (Dyrenforth et al., 2010; Visser et Bedard, 2025).


3.     Ne pas utiliser la personnalité comme verdict


La personnalité est un langage descriptif, pas un verdict. Les études parlent de tendances probabilistes, pas de destin individuel. Par ailleurs, la personnalité mesurée par questionnaire n’explique jamais tout. L’histoire du couple, les stress externes, la santé, la situation financière, la parentalité et la qualité de la communication sont aussi à prendre en compte à long terme (Visser et Bedard, 2025).


4.     Se rappeler les limites importantes des études


Pour rester scientifique (et crédible), il importe de se rappeler que :


• beaucoup d’études sont corrélationnelles : elles ne prouvent pas qu’un trait assure la satisfaction;

• certains résultats varient selon l’âge, la durée de la relation et la culture;

• les mesures auto-rapportées peuvent surestimer certains liens, d’où l’intérêt des modèles dyadiques et des données longitudinales (Dyrenforth et al., 2010; O’Meara et South, 2019).

 

Conclusion : la compatibilité, ce n’est pas « être pareils », c’est « bien fonctionner ensemble »


Pour résumer en une phrase les conclusions des études présentées, la similarité de personnalité existe bel et bien, mais elle explique souvent peu la satisfaction; ce qui compte davantage, ce sont les traits qui soutiennent la régulation émotionnelle, la coopération et la fiabilité au quotidien (Dyrenforth et al., 2010; Malouff et al., 2010).


Pour un couple (ou un futur couple) soucieux de bien s’entendre, l’idée n’est pas de chercher une concordance parfaite sur le plan de la personnalité, mais de faire l’exercice suivant :


1.     identifier les forces en présence (ex. empathie, stabilité, sens des responsabilités),

2.     repérer les points de friction probables (ex. réactivité, désorganisation, rigidité),

3.     mettre en place des stratégies concrètes qui protègent la relation (Visser et Bedard, 2025).

 


Références

Brandstätter, H., Brandstätter, V., & Pelka, R. B. (2018). Similarity and positivity of personality profiles consistently predict relationship satisfaction in dyads. Frontiers in Psychology, 9, Article 1009. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2018.01009

Dyrenforth, P. S., Kashy, D. A., Donnellan, M. B., & Lucas, R. E. (2010). Predicting relationship and life satisfaction from personality in nationally representative samples from three countries: The relative importance of actor, partner, and similarity effects. Journal of Personality and Social Psychology, 99(4), 690-702. https://doi.org/10.1037/a0020385

Hudson, N. W., & Fraley, R. C. (2014). Partner similarity matters for the insecure: Attachment orientations moderate the association between similarity in partners’ personality traits and relationship satisfaction. Journal of Research in Personality, 53, 112-123. https://doi.org/10.1016/j.jrp.2014.09.004

Malouff, J. M., Thorsteinsson, E. B., Schutte, N. S., Bhullar, N., & Rooke, S. E. (2010). The Five-Factor Model of personality and relationship satisfaction of intimate partners: A meta-analysis. Journal of Research in Personality, 44(1), 124-127. https://doi.org/10.1016/j.jrp.2009.09.004

O’Meara, M. S., & South, S. C. (2019). Big Five personality domains and relationship satisfaction: Direct effects and correlated change over time. Journal of Personality, 87(6), 1206-1220. https://doi.org/10.1111/jopy.12468

Visser, B. A., & Bedard, T. (2025). Traits and mates: The role of personality in intimate relationships. Current Opinion in Psychology, 65, Article 102053. https://doi.org/10.1016/j.copsyc.2025.102053

Watson, D., Klohnen, E. C., Casillas, A., Nus Simms, E., Haig, J., & Berry, D. S. (2004). Match makers and deal breakers: Analyses of assortative mating in newlywed couples. Journal of Personality, 72(5), 1029-1068. https://doi.org/10.1111/j.0022-3506.2004.00289.x

 

 

 
 
 

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