Quel type de personnalité favorise la sécurité au travail ?


" les personnes qui présentaient des niveaux plus élevés d’extraversion et de névrose (donc peu stables émotionnellement) étaient plus susceptibles d’adopter un comportement dangereux"


Dans une étude publiée en 2015, Beus et ses collaborateurs n’ont pas seulement considéré les accidents du travail comme un résultat lié à une cause unique.


En effet, les accidents peuvent être causés par une variété de facteurs qui échappent au contrôle de l’employé. Par exemple, il se peut qu’une machine ait été construite avec un défaut important qui n’a été découvert qu’après l’accident. Ou encore, qu’un employé ait suivi le protocole approprié avant l’accident, mais que les concepteurs de la formation aient commis une erreur. Pour cette raison, il est plus logique d’étudier le comportement sûr ou dangereux lui-même, plutôt que son seul résultat.


Voilà pourquoi les auteurs de l’étude se sont demandé quel type de personne est le plus susceptible, sur son lieu de travail, d’adopter un comportement défini comme sûr et d’éviter un comportement considéré comme dangereux.


Résultats


Selon les résultats obtenus, les personnes qui présentaient des niveaux plus élevés d’extraversion et de névrose (donc peu stables émotionnellement) étaient plus susceptibles d’adopter un comportement dangereux. Dans le cas des personnes extraverties, c’est leur besoin d’aller de l’avant et d’atteindre un statut plus élevé qui pourrait les conduire à compromettre la sécurité en prenant des risques. Les personnes névrosées, quant à elles, auraient tendance à se laisser envahir par l’inquiétude et l’anxiété, ce qui peut les rendre distraites. Elles seraient également plus susceptibles de laisser leur colère les amener à faire des choix impulsifs et irrationnels, ce qui peut facilement poser un problème lorsque les protocoles de sécurité doivent être suivis avec soin.


En revanche, les personnes présentant des niveaux plus élevés d’agréabilité et de conscience avaient un comportement moins dangereux. Selon les auteurs, les personnes agréables sont plus coopératives et voient plus facilement la nécessité de profite


r à l’ensemble de l’équipe. C’est pourquoi elles s’abstiennent de tout comportement dangereux qui pourrait compromettre la sécurité et la productivité de l’ensemble de l’organisation. Les personnes consciencieuses sont pour leur part naturellement méticuleuses quant au respect des règles et comprennent également que les compromis en matière de sécurité n’amélioreront pas les chances de réussite de l’organisation à long terme. Elles sont donc plus enclines à éviter les comportements risqués ou dangereux.


L’ouverture à l’expérience est le besoin d’être aventureux et individualiste. Il est intéressant de constater qu’elle n’est pas liée à un comportement dangereux. Cela a été le cas malgré la prédiction des auteurs selon laquelle elle entraînerait un comportement plus dangereux.


Conclusions


Cette étude montre que certains types de personnes ont des comportements plus sécuritaires que d’autres.


Des systèmes de sélection basés sur les traits de personnalité peuvent être conçus pour identifier les candidats aux comportements plus sécuritaires et les embaucher à la place de ceux qui présentent des risques plus élevés.


En bref, quatre des cinq principaux traits de personnalité semblent prédire des comportements liés à la sécurité. Lorsqu’on les compare, ce sont l’agréabilité et la conscience qui ont la plus forte capacité de prédiction (c.-à-d. que ce sont des traits de la personnalité des personnes sûres), tandis que l’extraversion et le névrosisme ont une capacité de prédiction un peu plus faible (c.-à-d. que ce sont des traits que possèdent les personnes dangereuses ou plus à risque).


Les organisations devraient donc avant tout rechercher des personnes consciencieuses et agréables si elles veulent réduire le nombre d’accidents du travail. En outre, le fait d’éviter les personnes extraverties ou névrosées peut aussi aider dans une certaine mesure.


Une autre conclusion de cette étude est que les effets d’un climat de sécurité (ou les pratiques organisationnelles) sont plus influents dans la prédiction du comportement que les traits de personnalité, bien que ces derniers soient toujours importants.


Cela signifie qu’il n’est pas nécessaire de se résigner à licencier tous les employés peu sûrs et à repartir de zéro. En montrant qu’elles valorisent les comportements sûrs par la formation, le retour d’information et les récompenses, les organisations peuvent établir un climat de sécurité, qui est en fait le principal facteur prédictif d’un lieu de travail sûr.



Beus, J. M., Dhanani, L. Y. et McCord, M. A. (2015). A meta-analysis of personality and workplace safety: Addressing unanswered questions. Journal of Applied Psychology 100(2), 481-498.


206 vues0 commentaire