Peut-on accroître ses capacités cognitives ou son intelligence ?



Une étude publiée en 2008 par Suzanne Jaeegi s’intéresse à ce sujet dont plusieurs aspects méritent réflexion.


Entendons-nous d’abord sur ce que signifie « accroître ses capacités cognitives ». Cela ne se limite pas à augmenter le volume de connaissances que vous pouvez accumuler – ce que l’on appelle l’intelligence cristallisée –, puisqu’il ne s’agit pas seulement de s’entraîner à la mémorisation. Cela consiste aussi à augmenter votre intelligence fluide, ou votre capacité à apprendre de nouvelles informations, à les retenir, puis à utiliser ces nouvelles connaissances pour résoudre un nouveau problème ou apprendre une nouvelle compétence.


En effet, si la mémoire à long terme n’est pas synonyme d’intelligence, la mémoire de travail, elle, est en grande partie corrélée avec celle-ci. Afin d’accroître votre intelligence, posséder une bonne mémoire de travail est donc important. L’amélioration de cette dernière vous aidera considérablement à tirer le meilleur parti de vos capacités cognitives, et le développement de stratégies parallèles, à maximiser votre potentiel cérébral.


Les points à retenir de l’étude de Jaeegi :


1. L’intelligence fluide peut être entraînée.


2. Les gains ultérieurs dépendent de la dose d’entraînement, ce qui signifie que plus vous vous entraînez, plus vous gagnez.


3. Tout le monde peut augmenter ses capacités cognitives, quel que soit le point de départ.


4. L’effet peut être obtenu en s’entraînant à des tâches qui ne semblent pas destinées à accroître l’intelligence.



Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?


Il ne faut pas penser que, pour augmenter continuellement votre puissance cérébrale, un entraînement comme celui que propose l’exercice du double N-Back fera l’affaire. Vous finirez par vous ennuyer et renoncerez assez vite à vous entraîner. Sans parler du temps qu’il faut pour se consacrer à cette activité, alors que vous avez certainement une vie bien remplie. Vous devez donc réfléchir à la façon de simuler les mêmes séances cérébrales intensives en utilisant des méthodes multimodales qui pourront être appliquées dans votre vie quotidienne.


Sachez qu’il est possible d’adopter des changements de mode de vie qui auront les mêmes avantages cognitifs qu’un exercice cérébral, voire de plus grands. Ceux-ci peuvent être mis en œuvre tous les jours pour vous faire profiter des avantages d’un entraînement intensif de l’ensemble du cerveau, ce qui devrait se traduire par des gains dans votre fonctionnement cognitif global.


Les principes fondamentaux à respecter sont les suivants :


1. Rechercher la nouveauté


2. Se donner des défis


3. Développer sa pensée créative



Rechercher la nouveauté


Il y a un seul trait du modèle de la personnalité qui en compte cinq (l’ouverture, la conscience, l’extraversion, l’amabilité et le névrosisme, souvent représentés par l’acronyme OCEAN) qui est en corrélation avec le QI, et c’est le trait d’ouverture aux nouvelles expériences.


Les personnes qui se montrent ouvertes sont constamment à la recherche de nouvelles informations à apprendre, de nouvelles activités dans lesquelles s’engager, et de nouvelles expériences à faire.


Lorsque vous recherchez la nouveauté, plusieurs choses se produisent. Tout d’abord, vous créez dans votre cerveau de nouvelles connexions synaptiques au cours de chaque nouvelle activité dans laquelle vous vous engagez. Ces connexions s’appuient les unes sur les autres, augmentant votre activité neuronale, et créent plus de connexions qui s’appuieront sur d’autres connexions. C’est ainsi que l’apprentissage a lieu.


Un domaine d’intérêt dans la recherche récente est la plasticité neuronale en tant que facteur des différences individuelles sur le plan de l’intelligence. La plasticité fait référence au nombre de connexions établies entre les neurones, à la façon dont cela affecte les connexions ultérieures et à la durée de ces connexions. Fondamentalement, cela renvoie à la quantité de nouvelles informations que vous êtes capable d’absorber et, si vous êtes capable de les retenir, à la possibilité que des changements durables soient apportés à votre cerveau. S’exposer constamment à la nouveauté aide votre cerveau à se préparer à l’apprentissage.


La nouveauté déclenche également la production de dopamine, qui non seulement stimule la motivation, mais également la neurogenèse – la création de nouveaux neurones – et prépare votre cerveau à l’apprentissage. Tout ce que vous avez à faire est de nourrir la faim.


Excellentes conditions d’apprentissage = nouvelle activité -> déclenche la dopamine -> crée un état de motivation plus élevé -> alimente l’engagement et sollicite les neurones -> neurogenèse + augmentation de la plasticité synaptique (augmentation de nouvelles connexions neuronales, ou apprentissage).



L’étude de Jaeggi a mis en relief qu’après 14 heures d’entraînement de la mémoire de travail sur 5 semaines, il y avait une augmentation du potentiel de liaison de la dopamine D1 dans les zones préfrontales et pariétales du cerveau. Ce récepteur particulier de la dopamine, le type D1, est associé, entre autres, à la croissance et au développement neuronaux. Cette augmentation de la plasticité, permettant une plus grande fixation de ce récepteur, est une très bonne chose lorsque l’on cherche à maximiser le fonctionnement cognitif.



Se donner des défis


Il y a quelques années, le scientifique Richard Haier voulait vérifier si l’on pouvait augmenter ses capacités cognitives en s’entraînant intensément à de nouvelles activités mentales pendant plusieurs semaines. Son équipe a utilisé le jeu vidéo Tetris comme nouvelle activité et pris comme sujets des personnes qui n’avaient jamais joué au jeu auparavant.


Après s’être entraînés pendant plusieurs semaines au jeu Tetris, les sujets ont connu une augmentation de l’épaisseur corticale ainsi qu’une augmentation de l’activité corticale, comme en a témoigné l’augmentation de la quantité de glucose utilisée dans cette zone de leur cerveau.


Fondamentalement, leur cerveau a utilisé plus d’énergie pendant ces périodes d’entraînement et s’est épaissi, ce qui signifie que plus de connexions neuronales ont été établies et que de nouvelles compétences ont été acquises après cet entraînement intense. Voilà pourquoi ils sont devenus des experts de Tetris !


Cependant, après cette explosion initiale de croissance cognitive, l’équipe du Dr Haier a remarqué une diminution de l’épaisseur corticale ainsi que de la quantité de glucose utilisée au cours de cette tâche, bien que les sujets de l’étude soient restés tout aussi bons à Tetris et que leur compétence n’ait pas diminué. Les scanners cérébraux ont de fait montré pendant le jeu une activité cérébrale moindre que les jours précédents. Pourquoi ? Parce que leur cerveau est devenu plus efficace. Une fois que leur cerveau a compris comment jouer à Tetris et qu’il est devenu vraiment bon, il est devenu paresseux. Il n’avait pas besoin de travailler aussi fort pour bien jouer, donc l’énergie cognitive et le glucose sont allés ailleurs.


Quel enseignement tirer de cette expérience ? Que l’efficacité n’est pas votre amie en matière de croissance cognitive. Afin que votre cerveau continue à établir de nouvelles connexions, vous devez le garder actif en vous engageant dans une autre activité stimulante qui lui demandera plus d’effort, et ce, dès que vous atteignez le point de maîtrise de celle qui faisait l’objet d’un apprentissage.


En somme, il ne faut jamais arrêter de stimuler votre cerveau.



Développer sa pensée créative


Lorsqu’il est recommandé de penser de manière créative pour susciter une croissance neuronale, cela ne signifie pas de se consacrer à une activité comme l’artisanat ou la peinture. La cognition créative concerne plutôt les processus en jeu dans votre cerveau.


Contrairement à la croyance populaire, la pensée créative n’est pas synonyme de « penser avec le côté droit de votre cerveau ». Cela implique les deux moitiés de votre cerveau, pas seulement l’hémisphère droit. La cognition créative se produit lorsque vous avez une pensée divergente (sur un large éventail de sujets), faites des associations entre des idées distantes, basculez entre la pensée conventionnelle et la pensée non conventionnelle (flexibilité cognitive), et générez des idées originales et nouvelles en lien avec l’activité que vous êtes en train de faire. Pour y arriver, il faut que les hémisphères droit et gauche travaillent en conjonction.


Conclusion


Bien que ces trois stratégies ne garantissent pas une augmentation des capacités cognitives, la recherche confirme que leur mise en œuvre augmente le potentiel cérébral des personnes qui les intègrent à leur quotidien.


C’est donc à vous de jouer !






Haier, R. J. (1993). Cerebral glucose metabolism and intelligence. In P. A. Vernon, Biological approaches to the study of human intelligence (pp. 317-373). Norwood, N. J.: Ablex.


Susanne M. Jaeggi, M. B. (2008). Improving Fluid intelligence With Training on Working Memory. Proceedings of the National Academy of Sciences. doi: 10.1073/pnas.0801268105


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