Potentiel et limites du télétravail

Alors que peu de gens auraient pu prédire les conditions rendant nécessaire le passage au télétravail, il est clair que ce dernier restera omniprésent dans la vie de beaucoup.


En conséquence, les dirigeants d’entreprises qui n’ont peut-être jamais envisagé de permettre à leurs employés de travailler à domicile doivent désormais faire évoluer leur réflexion sur ce que signifie être productif et sur la manière de mesurer et de gérer la productivité à distance.



Voici certaines variables à prendre en considération afin d’évaluer le potentiel et les limites du télétravail.


Type d’emploi


Le potentiel du télétravail dépend de la combinaison d’activités propres à chaque profession, et de leur contexte physique, spatial et interpersonnel.


Une étude menée par McKinsey en 2020 a évalué dans quelle mesure théorique une activité peut être réalisée à distance. Cela dépend de la nécessité que le travailleur soit physiquement présent sur le site pour effectuer une tâche, interagir avec les autres, ou utiliser des machines ou des équipements disponibles à l’emplacement.


De nombreuses activités physiques ou manuelles, ainsi que celles qui nécessitent l’utilisation d’équipements fixes, ne peuvent se faire à distance. D’où la conclusion suivante : le télétravail est impossible pour une large catégorie d’emplois.


À l’inverse, les activités telles que la collecte et le traitement d’informations, la communication, la comptabilité, le service à la clientèle et les technologies de l’information sont des exemples de travail qui peut être accompli à distance.


Pour la plupart des travailleurs dans ces domaines, certaines activités au cours d’une journée type se prêtent au télétravail, tandis que le reste de leurs tâches nécessite une présence physique.


Dans la main-d’œuvre américaine, seuls 22 % des employés peuvent travailler à distance pratiquement 100 % du temps, selon les chiffres avancés par l’étude de McKinsey.


Présentéisme et productivité


Un grand nombre d’études publiées dans les derniers mois démontrent que la productivité au travail n’a pas été affectée par le télétravail. Certaines, dont celle publiée en août 2021 dans le New York Times, démontrent même une augmentation de la productivité des travailleurs qui travaillent à distance.


Rôle de la technologie


Si un leader est encore novice dans la gestion des travailleurs à distance, il peut être tenté de rechercher des technologies qui surveillent ce que les employés font en ligne pendant leurs heures de travail. Les employeurs au Canada ont légalement le droit de le faire, mais emprunter cette voie peut rapidement conduire à une microgestion malsaine et à une rupture de la confiance des employés.


Lorsqu’un employé se sent constamment surveillé, il peut être distrait ou se concentrer sur les mauvaises choses. Cela peut créer une culture toxique où les employés ne se sentent pas en confiance et responsabilisés, et où les gestionnaires perdent du temps à superviser le personnel plutôt que de se concentrer sur les problèmes de l’entreprise.


Impacts sur la vie quotidienne au bureau


Une enquête menée par McKinsey en mai 2020 auprès des gestionnaires d’espaces de bureau a révélé qu’après la pandémie, ceux-ci s’attendaient à une augmentation de 36 % du temps de travail en dehors de leurs bureaux, ce qui aurait une incidence sur l’occupation des bureaux principaux et des emplacements satellites.


Cela signifie que les entreprises auront besoin de moins d’espaces de bureau, et c’est pourquoi plusieurs prévoient déjà de réduire leurs dépenses immobilières. Moody’s Analytics prévoit que le taux de vacance des bureaux aux États-Unis grimpera pour atteindre 19,4 % en 2021, contre 16,8 % à la fin de 2019, et passera à 20,2 % à la fin de 2022.


Temps pour se rendre au travail


Selon Statistique Canada, faire la navette est une réalité pour de nombreux Canadiens. En 2016, 12,6 millions de Canadiens ont déclaré faire la navette en automobile pour se rendre au travail. La durée moyenne du trajet de ces navetteurs était de 24 minutes par aller-retour, et la distance médiane pour se rendre au travail et en revenir, parmi ceux qui avaient un lieu habituel de travail, était de 8,7 kilomètres.


Pour certains navetteurs, cependant, la durée du trajet peut s’avérer particulièrement longue. En 2016, environ 854 000 navetteurs consacraient au moins 60 minutes quotidiennement pour se rendre au travail en automobile.


Selon Statistique Canada (avril 2021), un passage permanent au travail à domicile pourrait donner aux travailleurs une heure supplémentaire de temps productif par jour, tout en réduisant d’environ 8,6 mégatonnes (Mt) leurs émissions de carbone par an.

La recherche qui examine les effets possibles du télétravail généralisé une fois la pandémie de COVID-19 terminée a en effet révélé que la réduction des trajets entre le domicile et le lieu de travail pourrait entraîner une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre – représentant environ 11 % des émissions des ménages liées aux transports.


Nous ne pouvons résumer toutes les implications du télétravail dans un aussi court exposé, mais une chose est certaine, c’est que les prochains mois seront un véritable laboratoire afin d’évaluer les bénéfices et les impacts possibles du télétravail dans notre vie quotidienne. Nous aurons donc la chance de revenir sur le sujet !





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