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Êtes-vous plus monochronique ou polychronique ?


Il existe de nombreuses variations culturelles dans la manière dont les gens comprennent et utilisent le temps. Les chercheurs ont découvert que les individus sont divisés en deux groupes, selon la façon dont ils organisent leurs tâches.

 

L’opposition entre ceux qui ont une approche « monochronique » du temps, c’est-à-dire qui privilégient un traitement séquentiel de leurs tâches, et ceux qui ont une approche « polychronique », c’est-à-dire qui gèrent simultanément plusieurs tâches, est frappante dans notre société.


À l’échelle individuelle, une personne se situera bien sûr sur un axe entre ces deux pôles.

Il n’en reste pas moins que la perception du temps varie bel et bien d’une culture à l’autre. Et cette différence culturelle, on le verra, influe grandement sur la communication en contexte professionnel. 


Examinons les caractéristiques des perceptions monochronique et polychronique du temps.


Approche monochronique du temps


Dans les cultures monochroniques, le temps est considéré comme une ressource limitée et précieuse qu’on doit gérer et utiliser efficacement. L’accent est mis sur la ponctualité, la gestion du temps et le respect des horaires.


Les personnes appartenant à un groupe culturel monochronique ont tendance à ne faire qu’une seule chose à la fois. Elles sont disciplinées et respectent à la lettre les valeurs et les mœurs de la société.


Les États-Unis, le Canada, l’Angleterre et les pays scandinaves sont considérés comme des nations ayant une approche monochronique du temps.


Dans ces cultures, le temps est :


  • ressenti et utilisé de manière linéaire; il est comparable à une route qui s’étend du passé au futur.

  • divisé naturellement en segments; il est planifié et compartimenté, permettant à une personne de ne faire qu’une chose à la fois.

  • perçu comme tangible; les gens en parlent comme si c’était de l’argent, soit quelque chose qui peut être « dépensé », « gagné », « gaspillé » et « perdu ».


De plus, la planification est considérée comme essentielle pour atteindre des objectifs et éviter les problèmes. L’attente est par ailleurs souvent considérée comme une perte de temps et est donc mal vue.

 

De façon générale, les gens gouvernés par le temps monochronique :


– n’aiment pas être interrompus;

– ne font qu’une chose à la fois;

– se concentrent sur leur travail;

– respectent scrupuleusement les délais de leurs engagements;

– ont besoin d’une mise en contexte et d’informations avant de se mettre à la tâche;

– ne dérogent pas à leurs plans;

– tentent de ne pas distraire les autres;

– suivent les règles relatives à la vie privée et savent reconnaître les marques de considération;

– montrent un grand respect pour la propriété privée;

– empruntent ou prêtent rarement;

– sont habitués à des relations à court terme.

 

En contexte professionnel, un gestionnaire monochronique aura donc le profil suivant :


Il préfère faire une chose à la fois. Il gère ses rendez-vous à la minute, déteste les retards (et les retardataires) et aura tendance à être plutôt strict dans sa gestion du temps. Son agenda constitue son principal outil d’organisation, et il pourrait avoir de la difficulté à trouver des trous dans son horaire, à moins qu’il se réserve une plage horaire quotidienne pour gérer les urgences.

Pour lui, les relations sont moins importantes que les tâches à accomplir et les objectifs à atteindre. Pour cette raison, il placera habituellement sa réussite professionnelle au centre de ses préoccupations. On pourrait facilement dire que le temps a une grande valeur à ses yeux et qu’il doit en maximiser l’emploi tant dans sa sphère personnelle que professionnelle.

 

 

Approche polychronique du temps

 

Dans les cultures polychroniques, le temps est considéré comme une ressource plus flexible et partagée. Les horaires sont plus souples et les interruptions, chose courante.

 

Les personnes appartenant à un groupe culturel polychronique sont plus disposées à faire plusieurs choses en même temps et moins préoccupées par la ponctualité.

 

Les cultures méditerranéennes, telles celles de l’Espagne et de l’Italie, sont souvent considérées comme étant polychroniques. L’Amérique latine et la majorité des pays africains font partie du même groupe.

 

Les peuples et les gens polychroniques :


– font beaucoup de choses à la fois;

– se laissent facilement distraire et pratiquent les interruptions;

– disposent d’un fort contexte de communication, qui leur est assuré par leurs nombreux réseaux d’information;

– sont engagés dans leurs relations humaines;

– changent de plans souvent et facilement;

– se sentent plus concernés par ceux qui leur sont proches (famille, amis, associés proches en affaires) que par un cercle de relations plus éloignées;

– prêtent et empruntent souvent et facilement;

– ont une forte tendance à bâtir des relations pour la vie.


Les personnes polychroniques vivent dans une mer d’informations : elles sentent qu’elles doivent répondre sans délai à tout et à tout le monde, que cela soit en contexte d’affaires ou pour des raisons personnelles. À leurs yeux, la planification est dès lors souvent vue comme trop rigide et empêchant la spontanéité.


Ces individus subordonnent par ailleurs rarement leurs relations personnelles à des exigences de budget ou des questions d’organisation.

 

Typiquement, un gestionnaire polychronique aura le profil suivant :

 

Il aime faire plusieurs choses à la fois. Sa porte est ouverte, son téléphone ne cesse de sonner et il prend sans arrêt des rendez-vous. Il est donc surchargé et plus facilement distrait. Il change souvent de plan, mais cela ne lui pose aucun problème et ne l’empêche pas d’avancer et de réussir dans son travail.


Pour lui, les relations sont très importantes. En règle générale, il considère que les personnes passent avant tout. Pour cette raison, il placera habituellement sa famille, plutôt que son travail, au cœur de sa vie.

 


Une question fréquemment soulevée en psychométrie concerne l’impact du type de culture sur les résultats d’un test de capacité cognitive chronométré, tel quel la BGTA, le CFIT ou le QIRP.
À ce sujet, on observe que les personnes polychroniques ont tendance à être moins stressées, et par conséquent moins pressées au moment de répondre à des tests chronométrés. On remarquera parfois des résultats plus faibles, mais ponctués par un niveau de puissance élevé au test. Le niveau de puissance mesure le nombre de bonnes réponses fournies par rapport au nombre de questions traitées (p. ex. 19 bonnes réponses sur 21 tentatives). 
Par exemple : Les personnes monochroniques, elles, auront répondu à 32 questions avec un niveau de satisfaction de 25 bonnes réponses. Elles affichent donc un niveau de puissance plus faible, mais fournissent plus de bonnes réponses au total.

 

Effets de la conception du temps sur la communication interculturelle.


Considérant les caractéristiques opposées que présentent ces deux conceptions du temps, les interactions entre les individus de cultures différentes pourraient être problématiques. Par exemple, lors d’un rendez-vous, un homme d’affaires monochronique pourrait être agacé de constater que la personne qu’il rencontre est interrompue en permanence par la sonnerie de son téléphone ou par d’autres personnes.


Les effets qu’ont ces différences culturelles se font aussi sentir autrement : la conception du temps qu’a une personne est en effet déterminante pour comprendre quel niveau de contexte lui fournir lorsqu’on communique avec elle et comment s’adapter à son rythme de façon à ne pas créer de faux pas.

 

L’importance du contexte de communication

 

Selon Edward T. Hall, dont il a été question plus tôt, le besoin d’un contexte de communication varie, tout comme la conception du temps, en fonction des cultures.


Ce qu’on appelle le contexte de communication est l’ensemble des informations qui entourent l’acte de communiquer; il est en ce sens étroitement lié à la relation qu’entretiennent les interlocuteurs.


Un « fort » contexte de communication existe lorsque notre interlocuteur possède déjà la plupart des informations pertinentes à son interaction avec nous. Peu d’informations ont donc besoin d’être transmises dans la partie explicite, codée, du message.


Un « faible » contexte de communication exige le contraire : une grande masse d’informations doit être transmise dans le cadre explicite, puisqu’elles ne sont pas accessibles autrement par notre interlocuteur.


Selon les cultures, le besoin de contexte varie.


Les Japonais, les Arabes et les peuples méditerranéens, qui ont des réseaux d’information parmi leur famille, leurs amis, leurs collègues et leurs clients, communiquent dans un contexte « fort ».


Par conséquent, dans la plupart des transactions normales de la vie quotidienne, ils n’ont pas besoin d’une information explicite de fond. Ils disposent déjà de l’information leur permettant d’interagir socialement.


Les Américains, les Allemands, les Suisses, les Scandinaves et les Européens du Nord sont quant à eux des peuples à « faible » contexte.


Parce qu’ils compartimentent leurs relations personnelles, leur travail et beaucoup d’aspects de leur vie, ils ont besoin qu’on leur fournisse un contexte pour savoir comment interpréter un message et se comporter avec leur interlocuteur.


À l’intérieur de chaque culture, il existe bien sûr des différences propres à chaque individu en ce qui a trait au niveau de contexte attendu dans la communication. Mais il est intéressant de savoir où chaque pays se situe sur l’échelle du contexte à fournir pour comprendre en quoi cela peut influencer une personne.


On s’étonnera peu, par exemple, que les individus à fort contexte de communication aient tendance à s’irriter quand des personnes à faible contexte insistent pour obtenir des informations dont elles n’ont pas besoin. A contrario, il paraît tout à fait normal que des individus à faible contexte se sentent perdus quand des personnes à fort contexte ne leur fournissent pas assez d’informations à leur goût.


Un des grands défis de la communication dans la vie est de trouver le niveau de contexte approprié à chaque situation.

Les Nord-Américains que nous sommes ressentent le besoin d’une information détaillée dans différents secteurs, chaque fois qu’ils doivent prendre une décision ou faire quelque chose. Leur approche de la vie est segmentée, ce qui correspond tout à fait à leur conception du temps. Ils refuseront ainsi de s’engager dans une relation d’affaires avant d’en avoir appris davantage sur le contexte et sur leurs partenaires. C’est sans doute là la preuve que dans la culture nord-américaine, les interactions sociales sont beaucoup moins implicites que dans les réseaux français, espagnols, italiens et japonais.

 

Le facteur du rythme dans la création de l’harmonie


Le rythme est un autre aspect intangible mais important de la conception du temps. Il lie les gens d’une même culture, mais peut aussi les éloigner de membres d’autres groupes culturels. Dans certaines cultures, les gens évoluent très lentement; dans d’autres, ils évoluent rapidement. Quand des individus de deux cultures différentes se rencontrent, ils peuvent connaître des difficultés relationnelles parce qu’ils ne sont pas synchrones.


Si cela est important, c’est parce que la synchronie, la subtile capacité à avancer « de pair », est vitale dans tous les efforts pour collaborer. Les relations harmonieuses dépendent en cela de la capacité à saisir le « tempo » de son interlocuteur. Après tout, la communication est une sorte de danse pendant laquelle il faut à tout prix éviter de marcher sur les pieds de son partenaire! 

La question du rythme est d’ailleurs liée aux marques de considération qui peuvent être perçues dans une interaction sociale.


En France, si la relation est jugée importante à entretenir, on accordera du temps à un visiteur, que sa visite ait été notifiée à l’avance ou non. Aux États-Unis et en Allemagne, le temps accordé sera plutôt interprété comme un indicateur de l’importance relative de l’affaire à conduire, ainsi que du statut des individus concernés.


Dans certains pays, un délai minimal de deux semaines est nécessaire pour obtenir un rendez-vous. Les Américains, eux, y verront là une affaire de priorités, de statut, voire d’humeur à leur égard. Dans leur conception, seules les personnes ayant un statut élevé peuvent se permettre de faire attendre sans que cela soit ressenti comme une insulte. Ne pas recevoir quelqu’un à l’heure sera ainsi perçu comme un acte délibéré de rejet, ou encore comme le signal d’une désorganisation et d’une incapacité à respecter son emploi du temps. Vous aurez compris que cela est forcément négatif pour les représentants d’un pays dont la culture est monochronique.

Dans des cultures polychroniques comme celles de la France ou des pays hispaniques, aucun message de la sorte n’est exprimé dans la même situation.

 

En résumé…


Comme on a pu le constater, les incidences d’une conception monochronique ou polychronique du temps sont nombreuses. Dans nos interactions avec des gens d’autres cultures ne partageant pas la même conception du temps que nous, des malentendus sont susceptibles de survenir et des attentes pourraient être déçues.


Il est donc important d’adapter son mode de communication à son interlocuteur.


En contexte professionnel, cela est en quelque sorte comparable à une première poignée de main.    

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